




Depuis le 24 septembre, elle flanque la boutique Marc by Marc Jacobs homme sur la place du Marché Saint-Honoré. C’est une librairie à géométrie variable, un îlot hors-textile qui prouve que 50m2 de parquet sombre et d’étagères en bois blond peuvent tout à fait abriter le panthéon de papier (sorte de prolongement esthétique et intellectuel du travail de MJ) d’un styliste qui a fait de la conversation entre les disciplines l’un de ses principaux abreuvoirs créatifs. La boutique a des cousines à New-York, Londres et Los Angeles, et attend désormais la naissance de leurs jumelles à Tokyo et Chicago. Mais si la ville change, le principe de BookMarc est toujours le même : condenser, en quelques centaines d’ouvrages tendrement sélectionnés, les obsessions, les objets de culte, les péchés mignons, les vices élégants et les enthousiasmes littéraires de leur saint-patron.
Au cœur de cette petite bibliothèque subjective, vous trouverez des légendes de la photographie, comme Guy Bourdin, Bruce Davidson ou Richard Prince, le maître de la « rephotographie » avec qui Jacobs a du reste collaboré pour Vuitton, mais aussi quelques rayonnages saturés de monstres américains : Hemingway, Henry Miller, Truman Capote, et quelques auteurs beat ou assimilés, comme Bukowski et Allen Ginsberg. Si on note d’emblée (en leur adjoignant l’irlandais Joyce) que la plupart d’entre eux ont entretenu des rapports amoureux avec Paris, ce qui est aussi le cas de Jacobs, un autre fil rouge se dégage au détour des premières de couverture, celui d’une littérature romantique, exaltée ou même adolescente (Nerval, Gary et Salinger) qui vient compléter une certaine idée de l’art en mouvement, assoiffé d’étrangeté et de pulsations nouvelles, que l’on retrouve sur les podiums de MJ comme dans le Free Press de Jean-François Bizot sur la contre-culture, ou les biographies de Patti Smith et du Clash qui tapissent les murs de BookMarc.
Mais nous l’avons déjà dit, tout ça est une affaire d’idoles. Il suffit de passer l’étroit corridor qui relie les deux parties de la boutique pour mettre un pied dans le cénacle mental du créateur. Ils sont tous là, entre deux goodies griffés et une boîte de lessive vintage, comme des saints dans leurs niches : Gainsbourg, Charlie Parker, BB, Basquiat, Dylan, Pasolini… tous ont leurs autels, et leurs hommages reliés. Cela dit, là n’est peut-être pas le plus précieux. Toujours accompagnés par une électro minimale lounge mais pas trop, on interrompt rapidement le vol des pupilles pour s’attarder sur deux vitrines à incunables, regorgeant de raretés (Visionnaire n°1), de premières éditions (celle du Tarantula de Dylan, en 1966, ou du Quiet days in Clichy de Miller), et de livres signés par leurs auteurs ou leurs collectionneurs (comme le Mondrian de Michel Seuphor). Ceux-là sont chers, mais tous à vendre. S’il en a le soin maniaque et le goût de la révérence, BookMarc n’est pas un musée. L’endroit est à la fois trop intime et trop vivant pour ça.
Since September 24th, established right by the Marc By Marc Jacobs men store, on place du Marché Saint-Honoré.
A bookstore with a variable geometry, an out-of-textile islet which proves 50square meter of dark wooden floor and blond wood shelves can totally accommodate the paper pantheon (some sort of esthetic and intellectual extension of Marc Jacobs's work) of a designer who made conversations between artists one of his main creative watering place.
The store has some cousins in NY, London and Los Angeles, and is now waiting for the birth of its twin sisters in Tokyo and Chicago. But if the city changes, the principle of BookMarc stays the same: condense, in a few hundreds of tenderly selected pieces. The obsessions, the iconic objects, the guilty pleasures, the elegant vices and the literary enthusiasms of their patron saint.
In the heart of this small subjective library, you will find some photography legend like Guy bourdin, Bruce Davidson or Richard Prince, the master of "rephotography" with whom Jacobs collaborated for Louis Vuitton, but also a few shelves saturated with american monsters: Hemingway, Henry Miller, Truman Capote, also other beat or assimilated authors like Bukowski and Allen Ginsberg. If we note straightaway (appointing them the irish man, Joyce) that most of them kept a loving relationship with Paris, which is also the case for Jacobs, another guiding principle comes out of all the main book covers, a romantic literature, glorified or even adolescent (Nerval, Gary and Salinger) which completes a certain idea on moving art, thirsty for strangeness and new beats, found on Marc Jacobs's catwalks as in Free Press from Jean Francois Bizot on counterculture, or the Patti Smith biography and the Clash's covering BookMarc's walls.
We already said it, all of this is a matter of idols. All you have to do is walk through the narrow corridor which links up both part of the shop to set foot in the mental inner circle of the designer. They are all there, between two labeled goodies and a vintage washing powder box, such as saints in their niche: Gainsbourg, Charlie Parker, BB, Basquiat, Dylan, Pasolini… Each of them have their own altars and their related homage. That said, here it isn't the most precious after all. A minimal but not too much lounge electro in the background, we quickly stop our pupils from flying to focus on two display cabinet full of early printed books, abound with rarities (Visionnaire n°1), first editions (Dylan's Tarantula in 1966, or Miller's Quiet days in Clichy), or with signed by the author or collector's book (like the Mondrian of Michel Seuphor). These are expensive, but all for sale. If it has the same maniac care as well as the taste for curtsey, BookMarc isn't a museum. The place is way too intimate and too alive for that.
Photos : Cyrille Robin
Texte : François Blet







