05-11-12

Librairie Bookmarc
17, Place du Marché Saint-Honoré
75001 Paris

Depuis le 24 septembre, elle flanque la boutique Marc by Marc Jacobs homme sur la place du Marché Saint-Honoré. C’est une librairie à géométrie variable, un îlot hors-textile qui prouve que 50m2 de parquet sombre et d’étagères en bois blond peuvent tout à fait abriter le panthéon de papier (sorte de prolongement esthétique et intellectuel du travail de MJ) d’un styliste qui a fait de la conversation entre les disciplines l’un de ses principaux abreuvoirs créatifs. La boutique a des cousines à New-York, Londres et Los Angeles, et attend désormais la naissance de leurs jumelles à Tokyo et Chicago. Mais si la ville change, le principe de BookMarc est toujours le même : condenser, en quelques centaines d’ouvrages tendrement sélectionnés, les obsessions, les objets de culte, les péchés mignons, les vices élégants et les enthousiasmes littéraires de leur saint-patron.

Au cœur de cette petite bibliothèque subjective, vous trouverez des légendes de la photographie, comme Guy Bourdin, Bruce Davidson ou Richard Prince, le maître de la « rephotographie » avec qui Jacobs a du reste collaboré pour Vuitton, mais aussi quelques rayonnages saturés de monstres américains : Hemingway, Henry Miller, Truman Capote, et quelques auteurs beat ou assimilés, comme Bukowski et Allen Ginsberg. Si on note d’emblée (en leur adjoignant l’irlandais Joyce) que la plupart d’entre eux ont entretenu des rapports amoureux avec Paris, ce qui est aussi le cas de Jacobs, un autre fil rouge se dégage au détour des premières de couverture, celui d’une littérature romantique, exaltée ou même adolescente (Nerval, Gary et Salinger) qui vient compléter une certaine idée de l’art en mouvement, assoiffé d’étrangeté et de pulsations nouvelles, que l’on retrouve sur les podiums de MJ comme dans le Free Press de Jean-François Bizot sur la contre-culture, ou les biographies de Patti Smith et du Clash qui tapissent les murs de BookMarc.

Mais nous l’avons déjà dit, tout ça est une affaire d’idoles. Il suffit de passer l’étroit corridor qui relie les deux parties de la boutique pour mettre un pied dans le cénacle mental du créateur. Ils sont tous là, entre deux goodies griffés et une boîte de lessive vintage, comme des saints dans leurs niches : Gainsbourg, Charlie Parker, BB, Basquiat, Dylan, Pasolini… tous ont leurs autels, et leurs hommages reliés. Cela dit, là n’est peut-être pas le plus précieux. Toujours accompagnés par une électro minimale lounge mais pas trop, on interrompt rapidement le vol des pupilles pour s’attarder sur deux vitrines à incunables, regorgeant de raretés (Visionnaire n°1), de premières éditions (celle du Tarantula de Dylan, en 1966, ou du Quiet days in Clichy de Miller), et de livres signés par leurs auteurs ou leurs collectionneurs (comme le Mondrian de Michel Seuphor). Ceux-là sont chers, mais tous à vendre. S’il en a le soin maniaque et le goût de la révérence, BookMarc n’est pas un musée. L’endroit est à la fois trop intime et trop vivant pour ça.

Since September 24th, established right by the Marc By Marc Jacobs men store, on place du Marché Saint-Honoré.
A bookstore with a variable geometry, an out-of-textile islet which proves 50square meter of dark wooden floor and blond wood shelves can totally accommodate the paper pantheon (some sort of esthetic and intellectual extension of Marc Jacobs's work) of a designer who made conversations between artists one of his main creative watering place.
The store has some cousins in NY, London and Los Angeles, and is now waiting for the birth of its twin sisters in Tokyo and Chicago. But if the city changes, the principle of BookMarc stays the same: condense, in a few hundreds of tenderly selected pieces. The obsessions, the iconic objects, the guilty pleasures, the elegant vices and the literary enthusiasms of their patron saint.

In the heart of this small subjective library, you will find some photography legend like Guy bourdin, Bruce Davidson or Richard Prince, the master of "rephotography" with whom Jacobs collaborated for Louis Vuitton, but also a few shelves saturated with american monsters: Hemingway, Henry Miller, Truman Capote, also other beat or assimilated authors like Bukowski and Allen Ginsberg. If we note straightaway (appointing them the irish man, Joyce) that most of them kept a loving relationship with Paris, which is also the case for Jacobs, another guiding principle comes out of all the main book covers, a romantic literature, glorified or even adolescent (Nerval, Gary and Salinger) which completes a certain idea on moving art,  thirsty for strangeness and new beats, found on Marc Jacobs's catwalks as in Free Press from Jean Francois Bizot on counterculture, or the Patti Smith biography and the Clash's covering BookMarc's walls.

We already said it, all of this is a matter of idols. All you have to do is walk through the narrow corridor which links up both part of the shop to set foot in the mental inner circle of the designer. They are all there, between two labeled goodies and a vintage washing powder box, such as saints in their niche: Gainsbourg, Charlie Parker, BB, Basquiat, Dylan, Pasolini… Each of them have their own altars and their related homage. That said, here it isn't the most precious after all. A minimal but not too much lounge electro in the background, we quickly stop our pupils from flying to focus on two display cabinet full of early printed books, abound with rarities (Visionnaire n°1), first editions (Dylan's Tarantula in 1966, or Miller's Quiet days in Clichy), or with signed by the author or collector's book (like the Mondrian of Michel Seuphor). These are expensive, but all for sale. If it has the same maniac care as well as the taste for curtsey, BookMarc isn't a museum. The place is way too intimate and too alive for that.

Photos : Cyrille Robin
Texte : François Blet

24-10-12

Three-Seven
Boutique éphémère
40, rue de Richelieu
75001 Paris

Photos : Cyrille Robin

08-10-12

Cafés Verlet
256, Rue Saint-Honoré
75001 Paris

Pour certains le Café Verlet, installé rue Saint-Honoré depuis 1880, est une véritable institution. Un repère dans le paysage changeant de la ville. Un passage presque obligé des habitants du quartier, en hiver surtout, venus se réchauffer avec un expresso bien corsé (3,50 euros) ou un arabica onctueux à l’une des petites tables en bois patiné du rez-de-chaussée ou de l’étage. Pour d’autres, il sent l’exotisme, la terre étrangère, les plantations d’Afrique ou d’Asie d’où le café est importé. Et le thé également, car l’enseigne fait aussi dans la feuille, de Ceylan, d’Inde, de Chine ou du Japon.

Une fois à l’intérieur, une odeur légèrement grillée vient vous taquiner les narines (profitez-en elle serait déstressante). On ne sait pas si elle s’échappe des machines chromées ou des grains de café conservés à coté du comptoir dans de gros sacs en toile de jute. Ils sont torréfiés et moulus sur commande. On peut les emporter ou les déguster sur place accompagnés d’une pâtisserie : tarte aux pommes caramélisées au Calvados ou napolitains forts en chocolat, idéal pour faire ressortir l’arôme du petit noir. Pour les amateurs, les fruits confis de chez Lilamand (le fameux confiseur de Saint-Rémi-de-Provence), citron et orange, sont un délice.

C’est Eric Duchossoy lui-même, devenu patron des lieux en 1995 à la suite de son oncle Pierre Verlet, qui est allé chercher les nouveaux grands crus en Birmanie, au Panama ou en Australie. Aux cafés d’Amérique, légèrement acidulés, et à ceux d’Afrique, aux parfums de fleurs et d’abricot, viennent s’ajouter ceux, très recherchés, de Guadeloupe ou de Jamaïque, soit disant les meilleurs (et les plus chers) au monde. Chaque moment de la journée, chaque tempérament trouve chez Verlet l’arabica à sa mesure. Du plus doux (Asie) au plus corsé, comme le « Romain », mélange maison torréfié à l’italienne, parfait pour lutter contre la sieste d’après le repas. Des crus que l’on retrouve aussi chez Alain Passard et Pierre Gagnaire, les deux chefs se fournissant exclusivement au 256 rue Saint-Honoré. Une adresse savoureuse comme un capuccino bien crémeux.

For some, the Café Verlet, established rue Saint Honoré since 1880, is a true institution. A reference point in the changing landscape of the city. An almost mandatory pathway for the neighborhood's habitant, mostly in the winter, come to warm themselves with a straight expresso (3,50e) or with a creamy arabica at one of the little sheen wood tables at the ground and first floor. For others, it smell exoticism, foreign land, plantations from Africa and Asia where the coffee is imported from. Tea as well, because the restaurant also has leaves from Ceylan, India, China or Japan.

Once inside, a slightly burnt smell tickles our nostrils (enjoy it, they are supposed to be relaxing). We don't know if they escape from the chrome steel machines or from the coffee beans preserved by the counter in some big hessian bags. They are roasted and grinded on the order. You can take away or have it there with a pastry: Calvados caramelized apple tart or Napolitans strong in chocolate, ideal to give a stronger aroma to your coffee.
For the amateurs, the candied fruits from Lilamand (the famous confectioner from Saint-Rémi-de-Provence), lemons and oranges, are a delight.

It is Eric Duchossoy himself, he became boss in 1995 following his uncle Pierre Verlet, who went to Birmanie, Australia and Panama to bring back some Grands Cru. To the American beans, slightly acid, and the African beans, tasting like flowers and apricots, are joining, the very sought after Guadeloupe or Jamaica, apparently the best (and the most expensive) in the world.

Each moment of the day, each compositions finds at Verlet the arrabica to it's mesure. From the sweetest (Asia) to the strongest, like the "Roman", house mix roasted the italian way, perfect to fight against the after lunch's nap. Some Crus we find also at Alain Passard and Pierre Gagnaire, the two chefs supplying themselves only at the 256 rue Saint Honoré. A savorous address like a creamy cappuccino.

Texte : Céline Piettre
Photos : Cyrille Robin

01-10-12

KCD Paris
13, RUE DU MAIL
75002 PARIS

C’est au 13, rue du Mail, dans le IIe arrondissement de Paris, que Julie Mannion et Ed Filipowski ont choisi d’installer il y a 11 ans la filiale de leur agence de communication new yorkaise KCD, désormais sous la direction de Txampi Diz. Et il ne s’agit pas de n’importe quelle agence, mais bien du leader mondial dans le domaine de la mode, qui compte dans sa clientèle les marques et institutions les plus prestigieuses : Chanel, Cartier, Chloé, Louis Vuitton, Jimmy Choo, Balmain, Isabel Marant, Aurélie Bidermann ou Alexander Wang, nouvel arrivé 2012. Discrète à l’abri de sa porte en bois, dans un immeuble typique du quartier – le même qui, pour l’anecdote, avait accueilli Liszt au XIXe, cf. la plaque sur la façade –, KCD dissimule une équipe ultra compétente, et une machine rodée à la perfection. En plus des
« classiques » relations publiques, basées sur un réseau tentaculaire, l’agence propose des services de consulting, de casting, de production : conception et organisation des défilés, plans de développement et conseils stratégiques en tout genre.
La mode, les deux directeurs de KCD la connaissent dans ses moindres détails, tout comme l’agence dont ils ont accompagné les débuts en 1984. Ils savent mieux que quiconque seconder les marques et devancer leurs besoins : Ed Filipowski aux RP, Julie Mannion à la production. Une fois entre leurs mains expertes, difficile de s’en passer. En 2011, l’agence s’empare du web en lançant KCD digital, et les premiers défilés exclusivement numériques – pour l’instant réservés aux professionnels mais qui risquent de bouleverser en profondeur l’économie de la mode. De quoi se rendre encore plus indispensable…

It's at the 13, rue du Mail, in the 2nd arrondissement of Paris, Julie Mannion and Ed Filipowski chooses to establish the subsidiary of their New York communication agency, from now on under the direction of Txampi Diz. And it isn't just any agency, but indeed the worldwide leader in the fashion industry, which includes in its clientele the most prestigious brands and institutions : Chanel, Cartier, Chloé, Louis Vuitton, Jimmy Choo, Balmain, Isabel Marant, Aurélie Bidermann or Alexander Wang, the new arrival of 2012. Discretely sheltered by its wooden door, in one of the neighborhood's most typical building - the same which, for the little story, had welcomed Liszt in the nineteen century, see the tablet on the front -, KCD conceals an extremely competent team, and a perfectly trained machine.
Adding to the "classic" public relations, based on a sprawling network, the agency offers consulting, casting and production services : catwalk conception and organization, business plans and strategic guidelines of every sort.
Fashion, both directors of KCD know about it in every details, just like the agency they followed since it launched in 1984.
They know better than anybody how to assist the brands and anticipate their needs : Ed Filipowski with PR, Julie Mannion with production. Once between their experimented hands, it's difficult to do without them. In 2011, the agency takes over the web launching KCD digital, and the first catwalk entirely digital - for the moment exclusively for the professionals but which will probably deeply disrupt fashion's economy. Another way to become even more indispensable…

Illustration : Camille Chevrillon
Texte : Céline Piettre

03-09-12

Astier de Villate
173, Rue Saint-Honoré 
75001 Paris

Difficile à croire que la boutique Astier de Villatte, ce bazar biscornu et désuet à la mine d’apothicaire, soit l’œuvre de deux jeunes garçons dans le vent, directement propulsés de l’Ecole des beaux-arts à la rue Saint-Honoré sans passer par la case galerie. Leur drôle d’aventure commence en 1990, avec la production d’une ligne de céramique blanche fabriquée dans le XIIIe arrondissement de Paris, qui deviendra bientôt un classique. S’en suit toute une gamme de produits, de la papeterie aux meubles néo-baroques en passant par la bougie parfumée, conçus en collaboration avec une équipe de jeunes artistes tout aussi dans le vent : le duo Tsé-Tsé ou le designer américain John Derian pour ne citer qu’eux. Réunis pêle-mêle sur des buffets rustiques selon une logique de classement qu’il nous reste encore à percer, ces fausses antiquités n’ont d’anciennes que l’apparence. Et c’est ce qui les rend si singulières.
La boutique logée au 173 de la célèbre rue parisienne porte à même les murs l’esprit du projet de Benoît Astier de Villatte et d’Ivan Pericoli : joyeux capharnaüm à l’identité floue où les eaux de Cologne (Chic ou Fugace) se frottent aux théières (Cambridge ou Adélaïde). Avant cette étonnante reconversion, l’adresse avait abrité trois générations de marchands de couleur. On peut encore lire le nom du magasin d’origine, le Singe violet, sur l’enseigne extérieure. « Ici, tout a été laissé dans son jus », explique Benoît. Des parquets à chevrons usés dans les coins aux meubles tarabiscotés, utilisés pour broyer les pigments colorés, tout est d’époque. Et tout est permis, comme de mélanger l’inmélangeable,vaisselle et tee-shirt, à contre courant des codes du marketing, et à l’image des bazars parisiens du XIXe, ancêtres des grands magasins et des échoppes à touristes des Abbesses.
Chez Astier de Villatte, on travaille en s’amusant. On se régale d’avance à l’idée d’une nouvelle série d’assiettes, qui rappellent le bon vieux temps à en mettre sa main à couper, mais non, sont des pures créations ! On n’a pas peur de faire du beau, du fin avec des idées neuves ; de pimenter la sobriété bourgeoise ; de bousculer la céramique ; de baptiser ses bougies parfumées Alcatraz ou Mantes-la-Jolie, comme si c’étaient des îles aux senteurs paradisiaques ; d’hypnotiser ses convives avec des spirales dressées au fond des assiettes ; ou encore de vendre de la vaisselle aux couleurs du drapeau français pour célébrer les 140 ans de l'insurrection de 1871 (avec le collectif de design Commune de Paris). Bref, on est impertinent et classique à la fois. Drôle et sérieux. Contemporain et nostalgique.

Hard to believe the boutique Astier de Vilatte, this quaint and quirky bazaar looking like an apothecary, is the work of two trendy young guys, directly propelled from the Ecole des Beaux Arts to the rue Saint-Honoré jumping the gallery square.
Their funny adventure begins in 1990, with the production of a white ceramic line manufactured in the 13th arrondissement in Paris, which ultimately became a classic. Followed by a whole range of products, from stationery to neo-baroque furniture to sensed candles, designed in collaboration with a team of young artists just as trendy: the Tsé-Tsé duo or the American designer John Derian among others. Reunited higgledy-piggledy on rustic dressers  with a classification logic we are still trying to figure out, these fake antics are only old by the look of it.
And this is what makes them so special. The boutique, established at the number 173 of the famous parisian street, carries from the walls the spirit of Benoit Astier de Villatte and Ivan Pericoli's project : a happy shambles with a blurry identity where the eau de cologne (Chic or Fugace) scrapes up with the teapots (Cambridge or Adelaide).
Before this surprising reconversion, the address had hosted three generation of color dealers. We can still read the name of the original store, Le Singe Violet (the Purple Monkey) on the front sign. "Here, everything was left in its original juice", explains Benoit. Chevron wooden floors used in the corners with convoluted furniture, used to crush colored pigments, everything is antique. And everything is permitted, like mixing the unmixable, tableware and t-shirts, across the grain of the marketing codes, and inspired by the 19th century parisian bazaars, ancestors of the department stores and tourists stalls of the Abbesses.
At Astier de Villatte, we work having fun. We treat in advance to the idea of a new line of plates, which reminds us the good old days we'd swear to it, but no, they are pure creations! We are not afraid to make beauteous , fine with new ideas, to spice the bourgeoise sobriety, to knock about the ceramic, to baptize its sensed candles Alcatraz or Mantes-la-Jolie, as if it was paradisiac island of scents, to hypnotize its guest with some spirals in the bottom of the plates, or again to sell some plates with the french flag to celebrate the 140 years of the 1871 of the insurrection (with the design collective Commune de Paris). In brief, we are impertinent and classic at the same time. funny and serious. Contemporary and nostalgic.

Photos : Cyrille Robin
Texte : Céline Piettre