08-10-12

Cafés Verlet
256, Rue Saint-Honoré
75001 Paris

Pour certains le Café Verlet, installé rue Saint-Honoré depuis 1880, est une véritable institution. Un repère dans le paysage changeant de la ville. Un passage presque obligé des habitants du quartier, en hiver surtout, venus se réchauffer avec un expresso bien corsé (3,50 euros) ou un arabica onctueux à l’une des petites tables en bois patiné du rez-de-chaussée ou de l’étage. Pour d’autres, il sent l’exotisme, la terre étrangère, les plantations d’Afrique ou d’Asie d’où le café est importé. Et le thé également, car l’enseigne fait aussi dans la feuille, de Ceylan, d’Inde, de Chine ou du Japon.

Une fois à l’intérieur, une odeur légèrement grillée vient vous taquiner les narines (profitez-en elle serait déstressante). On ne sait pas si elle s’échappe des machines chromées ou des grains de café conservés à coté du comptoir dans de gros sacs en toile de jute. Ils sont torréfiés et moulus sur commande. On peut les emporter ou les déguster sur place accompagnés d’une pâtisserie : tarte aux pommes caramélisées au Calvados ou napolitains forts en chocolat, idéal pour faire ressortir l’arôme du petit noir. Pour les amateurs, les fruits confis de chez Lilamand (le fameux confiseur de Saint-Rémi-de-Provence), citron et orange, sont un délice.

C’est Eric Duchossoy lui-même, devenu patron des lieux en 1995 à la suite de son oncle Pierre Verlet, qui est allé chercher les nouveaux grands crus en Birmanie, au Panama ou en Australie. Aux cafés d’Amérique, légèrement acidulés, et à ceux d’Afrique, aux parfums de fleurs et d’abricot, viennent s’ajouter ceux, très recherchés, de Guadeloupe ou de Jamaïque, soit disant les meilleurs (et les plus chers) au monde. Chaque moment de la journée, chaque tempérament trouve chez Verlet l’arabica à sa mesure. Du plus doux (Asie) au plus corsé, comme le « Romain », mélange maison torréfié à l’italienne, parfait pour lutter contre la sieste d’après le repas. Des crus que l’on retrouve aussi chez Alain Passard et Pierre Gagnaire, les deux chefs se fournissant exclusivement au 256 rue Saint-Honoré. Une adresse savoureuse comme un capuccino bien crémeux.

For some, the Café Verlet, established rue Saint Honoré since 1880, is a true institution. A reference point in the changing landscape of the city. An almost mandatory pathway for the neighborhood's habitant, mostly in the winter, come to warm themselves with a straight expresso (3,50e) or with a creamy arabica at one of the little sheen wood tables at the ground and first floor. For others, it smell exoticism, foreign land, plantations from Africa and Asia where the coffee is imported from. Tea as well, because the restaurant also has leaves from Ceylan, India, China or Japan.

Once inside, a slightly burnt smell tickles our nostrils (enjoy it, they are supposed to be relaxing). We don't know if they escape from the chrome steel machines or from the coffee beans preserved by the counter in some big hessian bags. They are roasted and grinded on the order. You can take away or have it there with a pastry: Calvados caramelized apple tart or Napolitans strong in chocolate, ideal to give a stronger aroma to your coffee.
For the amateurs, the candied fruits from Lilamand (the famous confectioner from Saint-Rémi-de-Provence), lemons and oranges, are a delight.

It is Eric Duchossoy himself, he became boss in 1995 following his uncle Pierre Verlet, who went to Birmanie, Australia and Panama to bring back some Grands Cru. To the American beans, slightly acid, and the African beans, tasting like flowers and apricots, are joining, the very sought after Guadeloupe or Jamaica, apparently the best (and the most expensive) in the world.

Each moment of the day, each compositions finds at Verlet the arrabica to it's mesure. From the sweetest (Asia) to the strongest, like the "Roman", house mix roasted the italian way, perfect to fight against the after lunch's nap. Some Crus we find also at Alain Passard and Pierre Gagnaire, the two chefs supplying themselves only at the 256 rue Saint Honoré. A savorous address like a creamy cappuccino.

Texte : Céline Piettre
Photos : Cyrille Robin

01-10-12

KCD Paris
13, RUE DU MAIL
75002 PARIS

C’est au 13, rue du Mail, dans le IIe arrondissement de Paris, que Julie Mannion et Ed Filipowski ont choisi d’installer il y a 11 ans la filiale de leur agence de communication new yorkaise KCD, désormais sous la direction de Txampi Diz. Et il ne s’agit pas de n’importe quelle agence, mais bien du leader mondial dans le domaine de la mode, qui compte dans sa clientèle les marques et institutions les plus prestigieuses : Chanel, Cartier, Chloé, Louis Vuitton, Jimmy Choo, Balmain, Isabel Marant, Aurélie Bidermann ou Alexander Wang, nouvel arrivé 2012. Discrète à l’abri de sa porte en bois, dans un immeuble typique du quartier – le même qui, pour l’anecdote, avait accueilli Liszt au XIXe, cf. la plaque sur la façade –, KCD dissimule une équipe ultra compétente, et une machine rodée à la perfection. En plus des
« classiques » relations publiques, basées sur un réseau tentaculaire, l’agence propose des services de consulting, de casting, de production : conception et organisation des défilés, plans de développement et conseils stratégiques en tout genre.
La mode, les deux directeurs de KCD la connaissent dans ses moindres détails, tout comme l’agence dont ils ont accompagné les débuts en 1984. Ils savent mieux que quiconque seconder les marques et devancer leurs besoins : Ed Filipowski aux RP, Julie Mannion à la production. Une fois entre leurs mains expertes, difficile de s’en passer. En 2011, l’agence s’empare du web en lançant KCD digital, et les premiers défilés exclusivement numériques – pour l’instant réservés aux professionnels mais qui risquent de bouleverser en profondeur l’économie de la mode. De quoi se rendre encore plus indispensable…

It's at the 13, rue du Mail, in the 2nd arrondissement of Paris, Julie Mannion and Ed Filipowski chooses to establish the subsidiary of their New York communication agency, from now on under the direction of Txampi Diz. And it isn't just any agency, but indeed the worldwide leader in the fashion industry, which includes in its clientele the most prestigious brands and institutions : Chanel, Cartier, Chloé, Louis Vuitton, Jimmy Choo, Balmain, Isabel Marant, Aurélie Bidermann or Alexander Wang, the new arrival of 2012. Discretely sheltered by its wooden door, in one of the neighborhood's most typical building - the same which, for the little story, had welcomed Liszt in the nineteen century, see the tablet on the front -, KCD conceals an extremely competent team, and a perfectly trained machine.
Adding to the "classic" public relations, based on a sprawling network, the agency offers consulting, casting and production services : catwalk conception and organization, business plans and strategic guidelines of every sort.
Fashion, both directors of KCD know about it in every details, just like the agency they followed since it launched in 1984.
They know better than anybody how to assist the brands and anticipate their needs : Ed Filipowski with PR, Julie Mannion with production. Once between their experimented hands, it's difficult to do without them. In 2011, the agency takes over the web launching KCD digital, and the first catwalk entirely digital - for the moment exclusively for the professionals but which will probably deeply disrupt fashion's economy. Another way to become even more indispensable…

Illustration : Camille Chevrillon
Texte : Céline Piettre

03-09-12

Astier de Villate
173, Rue Saint-Honoré 
75001 Paris

Difficile à croire que la boutique Astier de Villatte, ce bazar biscornu et désuet à la mine d’apothicaire, soit l’œuvre de deux jeunes garçons dans le vent, directement propulsés de l’Ecole des beaux-arts à la rue Saint-Honoré sans passer par la case galerie. Leur drôle d’aventure commence en 1990, avec la production d’une ligne de céramique blanche fabriquée dans le XIIIe arrondissement de Paris, qui deviendra bientôt un classique. S’en suit toute une gamme de produits, de la papeterie aux meubles néo-baroques en passant par la bougie parfumée, conçus en collaboration avec une équipe de jeunes artistes tout aussi dans le vent : le duo Tsé-Tsé ou le designer américain John Derian pour ne citer qu’eux. Réunis pêle-mêle sur des buffets rustiques selon une logique de classement qu’il nous reste encore à percer, ces fausses antiquités n’ont d’anciennes que l’apparence. Et c’est ce qui les rend si singulières.
La boutique logée au 173 de la célèbre rue parisienne porte à même les murs l’esprit du projet de Benoît Astier de Villatte et d’Ivan Pericoli : joyeux capharnaüm à l’identité floue où les eaux de Cologne (Chic ou Fugace) se frottent aux théières (Cambridge ou Adélaïde). Avant cette étonnante reconversion, l’adresse avait abrité trois générations de marchands de couleur. On peut encore lire le nom du magasin d’origine, le Singe violet, sur l’enseigne extérieure. « Ici, tout a été laissé dans son jus », explique Benoît. Des parquets à chevrons usés dans les coins aux meubles tarabiscotés, utilisés pour broyer les pigments colorés, tout est d’époque. Et tout est permis, comme de mélanger l’inmélangeable,vaisselle et tee-shirt, à contre courant des codes du marketing, et à l’image des bazars parisiens du XIXe, ancêtres des grands magasins et des échoppes à touristes des Abbesses.
Chez Astier de Villatte, on travaille en s’amusant. On se régale d’avance à l’idée d’une nouvelle série d’assiettes, qui rappellent le bon vieux temps à en mettre sa main à couper, mais non, sont des pures créations ! On n’a pas peur de faire du beau, du fin avec des idées neuves ; de pimenter la sobriété bourgeoise ; de bousculer la céramique ; de baptiser ses bougies parfumées Alcatraz ou Mantes-la-Jolie, comme si c’étaient des îles aux senteurs paradisiaques ; d’hypnotiser ses convives avec des spirales dressées au fond des assiettes ; ou encore de vendre de la vaisselle aux couleurs du drapeau français pour célébrer les 140 ans de l'insurrection de 1871 (avec le collectif de design Commune de Paris). Bref, on est impertinent et classique à la fois. Drôle et sérieux. Contemporain et nostalgique.

Hard to believe the boutique Astier de Vilatte, this quaint and quirky bazaar looking like an apothecary, is the work of two trendy young guys, directly propelled from the Ecole des Beaux Arts to the rue Saint-Honoré jumping the gallery square.
Their funny adventure begins in 1990, with the production of a white ceramic line manufactured in the 13th arrondissement in Paris, which ultimately became a classic. Followed by a whole range of products, from stationery to neo-baroque furniture to sensed candles, designed in collaboration with a team of young artists just as trendy: the Tsé-Tsé duo or the American designer John Derian among others. Reunited higgledy-piggledy on rustic dressers  with a classification logic we are still trying to figure out, these fake antics are only old by the look of it.
And this is what makes them so special. The boutique, established at the number 173 of the famous parisian street, carries from the walls the spirit of Benoit Astier de Villatte and Ivan Pericoli's project : a happy shambles with a blurry identity where the eau de cologne (Chic or Fugace) scrapes up with the teapots (Cambridge or Adelaide).
Before this surprising reconversion, the address had hosted three generation of color dealers. We can still read the name of the original store, Le Singe Violet (the Purple Monkey) on the front sign. "Here, everything was left in its original juice", explains Benoit. Chevron wooden floors used in the corners with convoluted furniture, used to crush colored pigments, everything is antique. And everything is permitted, like mixing the unmixable, tableware and t-shirts, across the grain of the marketing codes, and inspired by the 19th century parisian bazaars, ancestors of the department stores and tourists stalls of the Abbesses.
At Astier de Villatte, we work having fun. We treat in advance to the idea of a new line of plates, which reminds us the good old days we'd swear to it, but no, they are pure creations! We are not afraid to make beauteous , fine with new ideas, to spice the bourgeoise sobriety, to knock about the ceramic, to baptize its sensed candles Alcatraz or Mantes-la-Jolie, as if it was paradisiac island of scents, to hypnotize its guest with some spirals in the bottom of the plates, or again to sell some plates with the french flag to celebrate the 140 years of the 1871 of the insurrection (with the design collective Commune de Paris). In brief, we are impertinent and classic at the same time. funny and serious. Contemporary and nostalgic.

Photos : Cyrille Robin
Texte : Céline Piettre

01-08-12

Quartier du Palais Royal

Photos : Cyrille Robin

24-07-12

Les Ateliers Ruby
1, rue Herold
75001 Paris

Vitesse, sortie de route, accident, chute, Jérôme Coste est abonné depuis son plus jeune âge au champ lexical du risque. C'est donc de façon naturelle que cet amateur de glisse et de sport mécanique, diplômé d’Estienne, dirige la création des Ateliers Ruby, qu’il a co-fondé avec Jean Etienne Prach en 2007. D’après le sociologue Richard Sennett, "la technique n’est pas une activité mécanique au sein d’un atelier", toutefois c’est assurément de turbine dont il est question chez Ruby, une marque d’accessoires de luxe trouvant dans la mobilité son principal génome. Les célèbres "Bosozoku", Steve McQueen ou Marlon Brando furent les inspirations premières des Ateliers, qui n'ont pas gagné leur légitimité seulement via cet esthétisme d’exception (et personnalisable) qu’il n’est plus nécessaire de mentionner. À l'instar de la gemme dont ils portent l’appellation (le rubis est une pierre précieuse réputée pour sa dureté présentant une solidité quasi parfaite de 9 sur l’échelle de Mohs), les créations maison représentent de véritables armures... de tête. Une protection vaporeuse, urbaine ou de circuit, au poids tutoyant le kilogramme. Réalisée dans une manufacture chinoise spécialisée dans le domaine de la moto, la coque extérieure du casque est travaillée en fibre de carbone, un matériau notamment utilisé pour le nez et les bords d'attaque de navettes spatiales. À l’intérieur, celui-ci est matelassé en cuir d’agneau plongé, une peau caractérisée par un touché incomparablement soyeux, de même qu'un rappel évident de sièges baquets vintage. Par ailleurs, la finition du système d’attache est en titane et la mentonnière se referme à l’aide d’une boucle double D, éléments directement inspirés de la course et des impératifs de sécurité qui en sont inhérents. Responsable des cuirs au sein des Ateliers Ruby, David Van Cotthem, ex. Vuitton et Jitrois, nous confie l’arrivée "de peausseries exotiques", mais également "d’une ligne de petite maroquinerie", tout en nous rappelant qu’il existe déjà une gamme de blousons, gants et carrés de soie tout aussi iconiques. Si, depuis 2010, la boutique est campée au premier de la rue Herold, un grand nombre de revendeurs situés un peu partout sur le globe distillent la griffe au compte goutte. Dès la rentrée, un casque intégral, manquant encore à l'assortiment, devrait venir s'ajouter aux mythiques modèles Pavillon et Belvedere en même temps que le prochain programme "Signature", imaginé par Ill Studio, l'une des plateformes de création pluridisciplinaire faisant le plus de bruit actuellement dans la capitale. À ce sujet, La Coquille, voisin de bureau et zinc lynchien des plus fréquentés par les habitants de la rue Coquillière et ses environs, expose officieusement ces fameuses collaborations, de Honet et consorts. Probablement la chronique d'une rétrospective destinée.

Speed, road exit, accident, fall, Jerome Coste made a habit of the risk's lexical field since he was young. Therefore, it was quite natural this sliding and mecanical sports lover, and Estienne School graduate, managed the creation of the Ateliers Ruby, which he co-founded with Jean Etienne Prach in 2007. According to the sociologist Richard Sennett, "technique isn't a mecanical activity within an Atelier", however it is definitely a matter of turbine at Ruby, a luxury accessories's brand finding in mobility it's main genome. The infamous "Bosozoku", Steve McQueen or Marlon Brando were the first inspirations of the Ateliers, did not win their legitimacy only via this exceptional esthetic (also customizable) which isn't necessary to mention again.
Following the example of the gemstone of which they carry the name (ruby is a precious stone famous for its hardness offering an almost perfect solidity of 9 on the Mohs's scale), the house's creation represent a true armor.. a head armor. A diaphanous protections, for urban or circuit use, with a weight close to a kilogram. Manufactured in a chinese factory specialized in the motorcycle field, the outside hull of the helmet is elaborated with carbon fiber, a material notably used for the front and leading edges of space ships. Inside, it is padded with lamb skin, a skin characterized by its incomparable soft touch, an obvious reminder of the vintage diner's banquette. In addition, the finishing of the chin strap is in titanium and it closes with a double D buckle, element directly inspired by racing and its inherent security imperatives. In charge of leather whitin the Ateliers Ruby, David Van Cotthem, previously working for Vuitton and Jitrois, confides us the arrival of some "exotic leatherwear", but also "a line of small leather goods", reminding us there is an existing range of jackets, gloves and silk scarf just as iconic. If, since 2010, the shop is established at 1 rue Herold, numerous retailers located all around the globe distribute the brand drop by drop. In september, a full helmet, still missing in the range, should add itself to the already mythical Pavillon and Belvedere styles at the same time as the "Signature" program, imagined by III Studio, one of the multidisciplinary creation platform making lots of noise in the capital. To that note, La Coquille, office neighbors and Lynchian bar quite crowed with the rue de la Coquillière's resident and its surroundings, unofficially exhibit their most popular collaborations, of Honet and consort. Probably the chronicle of a bound retrospective.

Photos : Cyrille Robin
Texte : Mike Christy