24-07-12

Les Ateliers Ruby
1, rue Herold
75001 Paris

Vitesse, sortie de route, accident, chute, Jérôme Coste est abonné depuis son plus jeune âge au champ lexical du risque. C'est donc de façon naturelle que cet amateur de glisse et de sport mécanique, diplômé d’Estienne, dirige la création des Ateliers Ruby, qu’il a co-fondé avec Jean Etienne Prach en 2007. D’après le sociologue Richard Sennett, "la technique n’est pas une activité mécanique au sein d’un atelier", toutefois c’est assurément de turbine dont il est question chez Ruby, une marque d’accessoires de luxe trouvant dans la mobilité son principal génome. Les célèbres "Bosozoku", Steve McQueen ou Marlon Brando furent les inspirations premières des Ateliers, qui n'ont pas gagné leur légitimité seulement via cet esthétisme d’exception (et personnalisable) qu’il n’est plus nécessaire de mentionner. À l'instar de la gemme dont ils portent l’appellation (le rubis est une pierre précieuse réputée pour sa dureté présentant une solidité quasi parfaite de 9 sur l’échelle de Mohs), les créations maison représentent de véritables armures... de tête. Une protection vaporeuse, urbaine ou de circuit, au poids tutoyant le kilogramme. Réalisée dans une manufacture chinoise spécialisée dans le domaine de la moto, la coque extérieure du casque est travaillée en fibre de carbone, un matériau notamment utilisé pour le nez et les bords d'attaque de navettes spatiales. À l’intérieur, celui-ci est matelassé en cuir d’agneau plongé, une peau caractérisée par un touché incomparablement soyeux, de même qu'un rappel évident de sièges baquets vintage. Par ailleurs, la finition du système d’attache est en titane et la mentonnière se referme à l’aide d’une boucle double D, éléments directement inspirés de la course et des impératifs de sécurité qui en sont inhérents. Responsable des cuirs au sein des Ateliers Ruby, David Van Cotthem, ex. Vuitton et Jitrois, nous confie l’arrivée "de peausseries exotiques", mais également "d’une ligne de petite maroquinerie", tout en nous rappelant qu’il existe déjà une gamme de blousons, gants et carrés de soie tout aussi iconiques. Si, depuis 2010, la boutique est campée au premier de la rue Herold, un grand nombre de revendeurs situés un peu partout sur le globe distillent la griffe au compte goutte. Dès la rentrée, un casque intégral, manquant encore à l'assortiment, devrait venir s'ajouter aux mythiques modèles Pavillon et Belvedere en même temps que le prochain programme "Signature", imaginé par Ill Studio, l'une des plateformes de création pluridisciplinaire faisant le plus de bruit actuellement dans la capitale. À ce sujet, La Coquille, voisin de bureau et zinc lynchien des plus fréquentés par les habitants de la rue Coquillière et ses environs, expose officieusement ces fameuses collaborations, de Honet et consorts. Probablement la chronique d'une rétrospective destinée.

Speed, road exit, accident, fall, Jerome Coste made a habit of the risk's lexical field since he was young. Therefore, it was quite natural this sliding and mecanical sports lover, and Estienne School graduate, managed the creation of the Ateliers Ruby, which he co-founded with Jean Etienne Prach in 2007. According to the sociologist Richard Sennett, "technique isn't a mecanical activity within an Atelier", however it is definitely a matter of turbine at Ruby, a luxury accessories's brand finding in mobility it's main genome. The infamous "Bosozoku", Steve McQueen or Marlon Brando were the first inspirations of the Ateliers, did not win their legitimacy only via this exceptional esthetic (also customizable) which isn't necessary to mention again.
Following the example of the gemstone of which they carry the name (ruby is a precious stone famous for its hardness offering an almost perfect solidity of 9 on the Mohs's scale), the house's creation represent a true armor.. a head armor. A diaphanous protections, for urban or circuit use, with a weight close to a kilogram. Manufactured in a chinese factory specialized in the motorcycle field, the outside hull of the helmet is elaborated with carbon fiber, a material notably used for the front and leading edges of space ships. Inside, it is padded with lamb skin, a skin characterized by its incomparable soft touch, an obvious reminder of the vintage diner's banquette. In addition, the finishing of the chin strap is in titanium and it closes with a double D buckle, element directly inspired by racing and its inherent security imperatives. In charge of leather whitin the Ateliers Ruby, David Van Cotthem, previously working for Vuitton and Jitrois, confides us the arrival of some "exotic leatherwear", but also "a line of small leather goods", reminding us there is an existing range of jackets, gloves and silk scarf just as iconic. If, since 2010, the shop is established at 1 rue Herold, numerous retailers located all around the globe distribute the brand drop by drop. In september, a full helmet, still missing in the range, should add itself to the already mythical Pavillon and Belvedere styles at the same time as the "Signature" program, imagined by III Studio, one of the multidisciplinary creation platform making lots of noise in the capital. To that note, La Coquille, office neighbors and Lynchian bar quite crowed with the rue de la Coquillière's resident and its surroundings, unofficially exhibit their most popular collaborations, of Honet and consort. Probably the chronicle of a bound retrospective.

Photos : Cyrille Robin
Texte : Mike Christy

17-07-12

Confiserie Tetrel
44, rue des Petits-Champs
75002 Paris

Il en existe encore quelques unes dans Paris, mais la confiserie – la vraie, à l’ancienne, celle des bonbons à la confiture de lait ou à la violette et des bocaux saturés de couleurs – est devenue une friandise rare. Le IIe arrondissement en garde jalousement un spécimen, resté intact depuis les années 1950, bien à l’abri du 44, rue des Petits-Champs : l’épicerie fine Tetrel. Impossible de la manquer, les boules de gomme, dragées, guimauves et pralines envahissent le trottoir dès le matin, protégées dans leur vitrine de verre dorée. À l’intérieur règne une sorte d’anarchie joyeuse, un capharnaüm paradisiaque. Les rayonnages, couverts de verrine, pots et boites en métal, grimpent jusqu’au plafond, tels les remèdes miraculeux dans une boutique d’apothicaire. À part qu’ici on soigne au plaisir, à grand coup de nostalgie, de saveurs d’antan qu’on laisse fondre sur la langue, réglisse ou menthe poivrée, géranium et anis. Un réservoir de surprises gustatives pour les enfants, des souvenirs de vacances pour les parents et une véritable fontaine de jouvence pour les anciens.

On trouve sur les étagères et dans les tiroirs toute la panoplie de la confiserie française, raretés historiques et spécialités régionales : bêtises de Cambrai, boulets de Montauban, fruits confits d’Apt, niniches de Quiberon, berlingots de Carpentras, Angéliques confites de Niort et les fameux Negus de Nevers, caramels au chocolat enrobés d’une croute craquante et vendus dans leur jolie boite ronde 1900. Car chez les Tetrel, on vient autant pour le contenu que pour le contenant vintage, et la petite histoire qui va avec. Les gaufrettes amusantes, fabriquées depuis 1894 par la biscuiterie Eugène Blond, séduisent d’abord pour les phrases  courtes qui les décorent : « T’es pas cap » ou « T’as de beaux yeux tu sais ». Idem pour les pastilles Dufour, dites pastilles idéales, avec leur emballage individuel rouge et blanc au look retro. Et ce qui vaut pour les bonbons vaut aussi pour les autres denrées, alcool, conserves et chocolats, vendus dans cette boutique qui réunit confiserie et épicerie fine. Le boire et le manger en version délicieusement démodée.

Some still exist in Paris, but the candy store - the real one, old fashion, the one with milk marmalade and violet flavored candy or colorful jars - has become a rare delicacy. The 2nd arrondissement jealously keeps one of this specimen, still intact since the 1950's, well established at the 44, rue des Petits-Champs : the delicatessen Tetrel. Impossible to miss, bubble gums, sugared almonds, marshmallows and pralines invade the sidewalk early in the morning, protected in their gold glass display. Inside reigns some sort of happy anarchy, a paradisiac shamble.
The shelves, covered with verrines, jars and metal boxes, climb to the ceiling such as miraculous remedy in an apothecary shop.
Except here, we heal with pleasure, with nostalgia, flavors of yesteryear we let melt on the tongue, licorice or peppermint, geranium and anise. A reservoir of gustative surprises for children, holidays memories for parents and a true Fountain of Joy for the seniors.

We find on the shelves and the drawers the whole panoply of the french confectionery, historical rarities and regional specialties : Culin mint,   boulets of Montauban, Apt's candied fruits, Niniches from Quiberon, twisted hard candy from Carpentras, candied Angeliques from Niort and the famous Negus of Nevers, caramels and chocolates with coated crust sold in their 1900 pretty round boxes.
Because at the Tetrel's, we come as much for the content than the vintage packaging, and the little story going with it. The amusing wafer, made in 1894 by the cookie factory Eugène Blond, attractive also for the small sentences decorating the packaging : "Are you game or not?" or "You've got pretty eyes, you know". Same for the Dufour peppermints, called ideal drops, with their individual red and white packaging retro looking. And what goes for the candies goes as well for the other commodities, alcohol, canned foods and chocolates, sold in this shop which brings together delicatessen and grocery shopping. Drinks and food, deliciously old-fashioned.

Illustration : Camille Chevrillon
Texte : Céline Piettre

12-07-12

H.A.N.D
39, rue Richelieu
75001 Paris

Qu’est-ce qui fait de H.A.N. D, acronyme de Have a Nice Day, la cantine des affamés de la rue Saint-Anne ? Ses burgers bien sûr – certains diront qu’ils sont les meilleurs de la rive droite – mais aussi son charme élégant de bistrot new-yorkais métissé à la française. Car côté déco, les propriétaires ont su éviter le folklore typique des fastfoods à l’américaine et les excès de la tendance. On échappe donc au drapeau étoilé et au jukebox, tout autant qu’aux fauteuils Stark et autres attributs incontournables de beaucoup d’adresses dites branchées. On se contente d’une salle bleu nuit ouverte sur la rue où s’alignent sagement des petits tables en bois et leurs chaises à barreaux. Au dessus du comptoir central, une constellation d’ampoules dénudées, tandis que des boites de haricots (les fameux beans) et quelques bouquets de fleurs des champs suffisent à faire couleur locale. Et rappellent, avec un effort d’imagination, la Pennsylvanie ou le Colorado.
Sur les assiettes généreusement garnies se retrouvent les différents burgers déclinés à la craie blanche sur l’ardoise de l’entrée : bacon, veggie, fish, triple cheese fondant (13 euros), authentique farmer au poulet saupoudré de corn flakes (14 euros) ou burger luxueux au foie gras (19 euros). Et cuisine nord-américaine oblige, un american bagel, un hot dog et un cheese cake au citron légèrement biscuité (comme tout droit importé du quartier juif de Manhattan ou de Brooklyn) complètent la carte. Une petite précision de taille pour les puristes : le steak saignant l’est vraiment et le fromage fondu sur la viande selon le dogme en vigueur, entre deux buns particulièrement moelleux.
Conséquence : le restaurant ne désemplit pas pendant la pause déjeuner, et connaît un autre pic d’affluence en fin de journée, et jusqu’à 22h30, pour la vente à emporter. Et si le HAND ne fait pas dans le léger, ni dans le gastronomique, il nous démontre que fast food ne rime pas forcément avec junk food et doigts gras avec décorum clinquant... À mettre sur votre liste des meilleurs burgers de Paris, pour un brunch à venir.

What makes H.A.N.D, acronym of Have A Nice Day, the main canteen of the starving of the rue Sainte-Anne? It's burgers of course - some will say they are the Right's Bank best - but also it's elegant charm of a New York bistrot à la française. On the decorative side, the owners knew how to avoid the typical american fastfood's folklore and the excess of it's trend. We get away from the star flag and the jukebox, as well as the Stark chairs  and other incontrovertible attributes of many addresses supposedly trendy. We content ourselves with a midnight blue room open to the street where the wooden tables and chairs with rungs are quietly lined up. Above the central counter, a constellation of bare bulbs, cans of the famous baked beans and a few wild flowers bouquet are enough to set the colors.
Reminding us, with a little imagination, Pennsylvania or Colorado.

On the generously garnished plates come together the wide ranges of burgers described on the chalk board up-front: bacon, veggie, fish, triple melted cheese (13 euros), authentic farmer with chicken sprinkled with corn-flakes (14 euros) or luxurious foie-gras burger (19 euros). And northen-american cuisine oblige, an american bagel, a hot-dog and a lemon cheese cake with a slight crust (as directly imported from the jewish neighborhood in Manhattan or Brooklyn) are completing the card. A tiny considerable precision for the purists: the steak really is rare and the cheese melted on the meat as it should be, between two buns particularly soft.
Consequence: the restaurant is always full around lunchtime, and knows another strong pic towards the end of the day until 10.30pm for take away orders. And if H.A.N.D doesn't do light or gastronomic, they show us that fast food does not necessarily rime with junk food and greasy fingers with a flashy interior… To add to your best burgers of Paris list, to brunches to come.

Photos : Cyrille Robin
Texte : Céline Piettre

05-07-12

Legrand Filles et Fils
Maison fondée en 1880
1, rue de la Banque
75002 Paris

Chez Legrand Filles et Fils, le flacon est roi. En version rebondie – la boutique regorge de bocaux remplis de confiseries désuètes, roudoudous et orangettes provençales – ou fuselée, puisque l’épicerie fine est aussi l’une des caves les plus réputées de la capitale. Du bloc de foie gras à la bouteille de château Pavie, toutes les saveurs et les arômes du terroir français s’y retrouvent dans une ambiance d’échoppe (la façade aux lettres d’or date du XIXe siècle). Vous venez simplement y chercher une boite de marrons glacés ou un vin pour accompagner un met – on vous conseillera d’ailleurs à la note près, du petit cru pas cher à l’appellation prestigieuse –, vous ressortez avec la sensation d’avoir découvert un pan du patrimoine gastronomique. Et d’en rapporter un échantillon dans votre panier de course.

Il faut dire, que depuis le XVIIIe siècle, la boutique du 1, rue de la Banque en a vu de toutes les couleurs, de grains ou de robes. D’abord propriété de la Corporation des épiciers, puis entrepôt aux épices Beaugé, qui importait thés, cafés, rhums et chocolats via la Compagnie des Indes, elle entre dans la famille Legrand après la première guerre mondiale. Avec le père, Pierre, torréfacteur et maître épicier, puis le fils, Lucien, véritable "héro" de la dynastie. Curieux et visionnaire, il parcourt tous les vignobles de France à la recherche de crus inconnus. La cave Legrand lui doit sa réputation, le Beaujolais sa postérité actuelle et certains domaines, comme celui de Zind-Humbrecht en Alsace ou de Jacques Sélosse en Champagne, leur explosion sur le marché du négoce. Francine, sa fille, qui reprend l’entreprise familiale dans les années 1980, lui donnera une envergure internationale et agrémentera la vinothèque de quelques cépages du "Nouveau Monde" (Chili, Argentine, Californie).

En 2000, Legrand Filles et fils est racheté par Gérard Sibourd-Baudry, ami de la famille et fils spirituel de Lucien Legrand, et Christian de Chateauvieux. À leur arrivée la boutique se double d’un bar à dégustation ouvert sur la galerie Vivienne, et fait une percée spectaculaire sur le marché asiatique. Mais l’esprit du lieu est préservé. Toujours la même qualité d’expertise, la même énergie mise au service de la découverte de nouveaux crus abordables (dernièrement Le Clos Puy-Arnaud, en Côtes de Castillon), le même respect des vins "faits dans les vignes et non pas dans les chais", à l’opposé de ces rouges "fabriqués", au goût formaté, que l’on trouve de plus en plus sur le marché international. Legrand Filles et Fils garde, vaille que vaille, son éthique de défenseur du terroir, malgré une entrée de plein pied dans la mondialisation. L’ivresse n’en est que meilleure. Pourvu que ça dure…

At Legrand Filles et Fils (Daughters and Sons), the bottle is queen. In the bouncing version - the shop overflows with jars full of quaint delicacies, hard sweets and orangettes provencales - or in the tapered version, because this delicatessen is also of the most famous wine caves of the capital. From the foie gras block to the Chateau Pavie's bottle, all the flavors and aromas of the french land are brought together in a stall atmosphere (the golden letters on the front are from the XIXth century). You simply come to get a box of marrons glacés or some wine to accompany a dish - they will recommend quite precisely , a prestigiously named little vintage wine with a reasonable price -, you get out with the feeling of having discovered a part of gastronomic french heritage. And bringing a sample into your shopping basket.

We must say, since the XVIII century, the 1, rue de la Banque store has seen it all, grains or colours. Foremost, ownership of the grocer's Corporation, then warehouse of the Beaugé Spices, who imported tea, coffee, rum and chocolate via la Compagnie des Indes, it enters the Legrand's Family after first world war. With the father, Pierre, coffee merchant and master grocer, then the son, Lucien, true "hero" of the dynasty. Curious and visionary, he travels all over France's vineyards looking for unknown vintage wines. The Legrand 's cave owes him its reputation, the Beaujolais its current posterity and a few vineyards, such as Zind-Humbrecht in Alsace or Jacques Sélosse in Champagne, their explosion in the trade market. Francine, his daughter, who takes over the family business in the 80's, will bring an international stature and embellish the wine library with a few "New World" grape variety (Chili, Argentina, California).

In 2000, Legrand Filles et Fils is re bought by Gérard Sibourd-Baudry, friend of the family and Lucien Legrand's spiritual son, and Christian de Chateauvieux. At their arrival, the boutique adds a tasting bar opened in the galerie Vivienne, and makes a breakthrought in the asian market.
But the place's spirit is preserved. Always the same expertise quality, the same energy put into the discovery of new affordable vintage wines (lately Le Clos Puy-Arnaud, in Cotes de Castillon), the same respect of wines "made in the vineyards and not in the storehouses", opposite to those reds "manufactured", with formatted taste, we find more and more on the international market. Legrand Filles et Fils keeps, come what may, its ethical of defender of the land, despite having fully entered globalization. The euphoria is even better. Let's pray that it last…

Photos : Cyrille Robin
Texte : Céline Piettre