27-04-12

Chez Georges depuis 1964
1, rue du mail
75002 Paris

À ne pas confondre avec ses homonymes du quartier Beaubourg ou de la Porte Maillot, ce Georges là a planté son décor de bistrot à l’ancienne rue du mail, dans le IIe arrondissement de Paris, entre la place des Victoires et le sentier. Façade en bois, rideaux de grand-mère, comptoir en zinc, salle en U scandée de petites tables carrées aux nappes immaculées, banquettes en moleskine coiffées de miroirs… Rien, ou presque, ne semble avoir bougé depuis le début du XXe siècle. Ses jeunes propriétaires, Jean-Gabriel de Bueil et Dominique Paul, l’ont restauré à l’identique depuis leur rachat en 2010. On peut encore y voir danser les robes noires des « filles de salle » et les tabliers des serveurs en gilets.
Bref, ça fleure bon le Paris d’Antan et les mets d’autrefois. On y mange au coude à coude une cuisine traditionnelle qui flirte avec la gastronomie. La carte écrite à l’encre violette propose salades de museau, sole meunière, harengs et profiteroles, mais dans leur version luxe. Les produits sont frais et les sauces raffinées. Les vins sélectionnés avec soin. On dit même que le pavé du mail, spécialité du chef Michel Rossé, ferait fondre le plus coriace des carnivores…
Très fréquenté par une clientèle étrangère, venue tout naturellement chercher les saveurs d’un Paris disparu, –  celui, mythique et bohème, de Gene Kelly dans le film Un Américain à Paris –  le Georges a aussi ses habitués parisiens. Pittoresque, délicieusement anachronique, le restaurant  donne ses lettres de noblesse à la plus vulgaire des pommes de terre (les frites sont rousses ou blondes selon les préférences), et fait tressaillir nos papilles d’une nostalgie gourmande. Comme Proust avec sa madeleine.

Not to be confused with it's homonymous of the Beaubourg and Porte Maillot neighborhood, this Georges puts up it's retro bistrot set rue du Mail, in the 2nd arrondissement of Paris, between place des Victoires and le Sentier. Wooden front, Grandma curtains, zinc counter, U shaped room accentuated with small square tables with immaculate tablecloth, moleskin seats arranged with mirrors… Nearly nothing seem to have moved since the beginning of the 20th century. It's young owner, Jean-Gabriel de Breuil and Dominique Paul, restored it to identical since their buyout in 2010. We can still see dancing the black dresses of the "filles de salle" and the waiters in waistcoat's apron.
In brief, it is fragrant with yesteryear Paris and it's in the past dish. We eat shoulder to shoulder a traditional cuisine flirting with gastronomy. The menu written with purple ink offers snout salads, sole meuniere, herring and profiterole, but in their luxurious version. The products are fresh and the sauces are refined. Wines are selected carefully. We also say the Mail steak, chef Michel Rosse's specialty, would melt down the toughest of carnivores…
Highly busy with a foreign clientele, coming unnaturally to look for the flavors of a vanished Paris - the mythical and bohemian one, of Gene Kelly in the motion-picture An american in Paris - Georges also has its parisian regulars.
Picturesque, deliciously anachronistic, the restaurant gives its letters patent of nobility to the most vulgar potato (french fries are red or blond depending on the preferences) and have our taste bud quiver with a greedy nostalgia.
Like Proust with his madeleine.

Photos : Cyrille Robin
Texte : Céline Piettre

24-04-12

Le Chabanais

Préservée du bruit de la ville, profitant de l'aura bucolique du Palais Royal tout proche, la petite rue Chabanais a le charme tranquille de ses voisines du quartier Vivienne : Rameau et les Petits-Champs. Des façades beiges à 5 étages (chambres de bonnes comprises), quelques cafés (dont le plus ancien bar lesbien de la capitale, le Champmeslé, au numéro 2), des restaurants japonais, des passants pressés ou des touristes égarés à la recherche du Musée du Louvre. Rien qui ne laisse soupçonner que cette voie, ouverte en 1773 par le Marquis de Chabanais, fut l'un des hauts lieux du Paris mondain et nocturne de la Belle Epoque et des Années folles. Le passage obligé de tout diplomate, artiste, chef d'Etat amateurs de prostitués « trois étoiles » et de fantasmes exigeants. 

Luxe et volupté
Au numéro 12, la petite porte anodine abrite pourtant les rares vestiges de la maison close la plus fréquentée de Paris, l'illustre et fantasque hôtel du Chabanais, fermé en 1946 par la loi Marthe Richard. Son escalier en fer forgé et ses deux ascenseurs ont résisté au temps, depuis leur création en 1878. À l'époque, ils étaient synchronisés : l'un pour monter, l'autre pour descendre, afin d'éviter les rencontres gênantes.
Au numéro 12, les belles manières sont de rigueur mais les tabous restent sur le pas de la porte. Pour 100 francs (500 euros actuels), toutes les excentricités sont permises. En commençant par le décor. Mélange des genres, surenchères d'ornements, marbre, or et stuc, les salons Louis XV ou pompéien – paré d'une fresque mythologique de Toulouse-Lautrec – rivalisent d'un éclat poli au stupre. Les chambres portent des noms exotiques: la « russe » avec sa baignoire en mosaïque, la « japonaise » au parfum d'encens, primée lors de l'exposition universelle de 1900, la « pirate », dont les hublots sont régulièrement éclaboussés d'eau pour un dépaysement garanti... Si le Chabanais avait été aménagé en 2012, il aurait couté 8,7 millions d’euros! Une extravagance que seule la Belle Epoque pouvait se permettre. 

Hôtes de marque
L'entrée en forme de grotte, type caverne d'Ali Baba, réservait son sésame aux grands de ce monde, comme les membres du prestigieux Jockey Club. Les secrets d'alcôve racontent que Pierre Louys y trouve son inspiration pour son roman érotique Aphrodite, que Guy de Maupassant vient y soigner ses crises d'inspiration et que le Prince de Galles Edouard VII, habitué des lieux, privilégie la chambre hindoue (et son plafond à miroirs) pour ses rencontres érotiques. Ce dernier, surnommé Dirty Bernie par ses favorites, fait construire en 1900 une baignoire à champagne en cuivre, ornée d'une sphinge, et une chaise « à volupté », munie d'étriers métalliques pour faciliter les trio amoureux. On raconte aussi, qu'un soir du 6 mai 1889, pour l'inauguration de l'exposition universelle, le Chabanais accueille tous les ministres et ambassadeurs présents à Paris, sous couvert d'une visite au président du Sénat... Aujourd'hui, la galerie d'art érotique Au bonheur du jour, installée au numéro 11 de la rue Chabanais, préserve en quelque sorte la mémoire du lieu. Sa propriétaire, auteur d'un ouvrage sur les maisons de tolérance, accumule les curiosités en tout genre. Et même si la vente aux enchères de 1951 a dispersé le mobilier du Chabanais – la baignoire d'Edouard VII est achetée en seconde main par Dali et sa chaise passe outre-atlantique –, elle pourra vous trouver, à coup sûr, un petit souvenir galant de la Belle Epoque. 

Preserved from the city noise, enjoying the, really close, Palais Royal's bucolic aura, the little rue Chabanais has the quiet charm of it's area's neighbors Vivienne : Rameau and les Petits-Champs. Five stories high beige fronts (maid's room included), a few Cafés (of which the capital's most ancient lesbian bar, the Champmeslé, at number 2), some japanese restaurants, busy passers-by or lost tourists looking for the Louvres. Nothing giving us the inkling this lane, launched in 1773 by the Marquis de Chabanais, was one of the high-place of the Parisian society and la Belle Epoque's nightlife and the 1930's. The prerequisite of any diplomat, artist, chief of state amateur of "high class" prostitute and hard to please fantasies. 

Luxury and voluptuousness
At the number 12, a little insignificant door shelters the rare relics of the most popular brothel in Paris, the illustrious and whimsical Chabanais Hotel, closed in 1946 by the  Marthe Richard law. Its staircase in wrought iron and its two elevators resisted time, since they were made in 1878. At the time, they were synchronized: one to go up, the other to go down, in order to avoid any misfortunate encounter.
At the number 12, good manners are required but taboos stay at the door step.For 100 francs (500 euros), all the eccentricities are allowed. Starting with the decor. Mixture of genres, escalation of ornaments, marble, gold and stucco, Louis the 15th's salons or Pompeioners - arrayed with a Toulouse-Lautrec mythologic fresco - all rival with a debauchery polished glow. Rooms carry exotic names: the "russian" with it's mosaic bathtub, the "japanese" and its incense perfume, awarded during the universal exhibition of 1900, the "pirate", of which the porthole were regularly splashed with water for a certified change of scenery… If the Chabanais would have been laid out for 2012, it would have cost 8,7 million euros! An extravagance only la Belle Epoque could afford.

Distinguished Hotels
The Aladdin's cave shaped entrance, was saving its sesame to the great people of this world, like the members of the prestigious Jockey Club. Secrets of the boudoir say Pierre Louys found here his inspiration for his erotic novel Aphrodite, Guy de Maupassant came to eel his inspiration crisis and Prince of Wales Edward VII, one of many hotel regulars, favored the hindi room (and its ceiling mirror) for its erotic encounters. This last, nicknamed Dirty Bernie by his favorites, had built in 1900 a champagne copper bathtub, adorn with a sphinx and a "voluptuousness chair", fitted with metallic stirrup to facilitate any lover's trio. We also hear, the night of May 6th 1889, for the inauguration of the universal exhibition, the Chabanais welcomed every ministers and ambassadors present in Paris, under cover of a visit to the Senate President…
Today, the erotic art gallery Au bonheur du jour, established at the number 11 of the rue Chabanais, kind of preserves  the memory of the place. It's owner, author of a book on licensed brothel, accumulates any kinds of curiosities. And even if the 1951 auction scattered the Chabanais's precious furniture - Edward's the VII bathtub was bought second-handded by Dali and its chair went across the Atlantic -, she could find you, for sure, a little chivalrous souvenir from the Belle Epoque.

Photos extraites de l'ouvrage Maisons closes 1860-1946, éditions Nicole Canet, 2010.
Texte : Céline Piettre

11-04-12

Place des Victoires

Photo : Cyrille Robin